« …ouais, c’est ça ! Salut, Jo !
Je m’étais fait des amis. J’étais la plus connue de la ville.
Je m’étais inventé un faux prénom. Je m’appelais Maria.
J’avais apris son décès peu de temps après avoir volé l’épée.
C’est à dire il y avait 5 mois.
Je l’avais apris par inadvertance, un jour en lisant le journal,
qui s’intitulait « La petite nouvelle » Pour moi c’était bien plus qu’une petite nouvelle. Mais biensûr, je n’étais pas censée le montrer. Jo me réconfortait. Je lui avait dit que c’était parce que j’avais perdu une de mes boucles d’oreilles. Il devait me prendre pour une mauviette.
Jo, c’est le vendeur de boucles d’oreilles. Je lui en avait volées plus d’une paire !
Mais depuis quelques temps, j’arrêtais de voler. Parce que les vendeurs me connaîssaient bien et savaient que j’avais bon fond.
Cela faisait bientôt 10 mois que j’avais quitté ma famille, et 7, que j’allais à l’école.
Mes profs étaient… Bon, évidement, un prof n’est jamais ‘très gentil’, mais ça va, ils étaient tolérents, et sympas. Mais ce qui est bien, quand on fugue et qu’on va à l’école, c’est que l’on ne peut pas faire signer les mots ! Mais bon, en même temps, à cause de ça, je n’allais à aucune sortie…
A l’école, on étudiaient les poèmes. Ce sujet me passionnait. On m’avait donnén plein de livres, sur les poèmes, j’adorais ça. J’éssayai même d’en faire quelques-uns moi-même ! Je n’étais jamais vraiment satisfaite du résultat, mais au moins ça passait le temps. Je les lisais à grand-mère.
J’avais rencontré une petite mamie, à la bibliothèque, elle cherchait un livre. Je l’avais aidée à le trouver…
-Hum…
-Bon, d’accord, je ne l’avais pas vraiment aidée, on avaient juste tapée la causette. Depuis ce jour, je venais tout le temps chez elle. Je lui parlais de la vie du collège, mais surtout, je lui lisais les poèmes que l’on étudiaient.
Je voyais dans ses yeux qu’elle aussi était passionée. Elle m’avait dit que j’avais vraiment un don, et que j’étais très forte pour raconter les histoires, ou bien lire les poèmes. Nos préférés étaient ceux-ci :
- Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
D’où sort cette chanson lointaine
D’une péniche mal ancrée
Ou du métro Samaritaine
Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Sans chien sans canne sans pancarte
Pitié pour les désespérés
Devant qui la foule s’écarte
Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
L’ancienne image de moi-même
Qui n’avait d’yeux que pour pleurer
De bouche que pour le blasphème
Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Cette pitoyable apparence
Ce mendiant accaparé
Du seul soucis de sa souffrance
Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Fumée aujourd’hui comme alors
Celui que je fus à l’orée
Celui que je fus à l’aurore
Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Semblance d’avant que je naisse
Cet enfant toujours éffaré
Le fantôme de ma jeunesse
Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Vingt ans l’empire des mensonges
L’espace d’un miséré
Ce gamin qui n’était que songe
Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Ce jeune homme et ses bras déserts
Ses lèvres de vent dévorées
Disant les airs qui le grisèrent
Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Baladin du ciel et du coeur
Son front pur et ses goûts outrés
Dans le cri noir des remorqueurs
Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Le joueur qui brûla son âme
Comme une colombe égarée
Entre les tours de Notre-Dame
Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Ce spectre de moi qui commence
La ville ç l’aval est dorée
A l’armont se meurt la romance
Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Ce pauvre petit mon pareil
Il m’a sur la Seine montré
Au loin les taches de soleil
Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Mon autre au loin ma masacrade
Et dans le jour décoloré
Il m’a dit tout bas Camarade
Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Mon double ignorant et crédule
Et je suis longtemps demeuré
Dans ma propre ombre qui recule
Sur le Pont Neuf j’ai rencontré
Assis à l’usure des pierres
Le refrain que j’ai murmuré
Le rêve qui fut ma lumière
Aveugle aveugle rencontré
Passant avec tes regards veufs
Ô mon passé désemparé
Sur le Pont Neuf
Aragon, Le roman inachevé, 1956
- Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Des éternels regards l’onde si lasse
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
Guillaume Appolinaire, Alcools, 1913
C’est vrai que comme ça on dirait pas trop qu’j'suis fleur bleue. Mais au fond, je suis une grande sentimentale. Avec mamie Gaby on les a appris par coeur.
J’allais presque tous les jours au collège, et la raison de mes quelques absences était Gaby.
Elle avait beaucoup vieilli, par rapport au premier jour, à la bibliothèque. Elle ne savait même plus lire.
Gaby, je l’adorais. Elle était tellement mignone quand elle me regardait avec ses grands yeux verts ! J’avais énormément confiance en elle. Je la connaissait comme ma poche. L’ennui, c’est qu’elle, ne connaissait rien de moi. Pas même mon(vrai) nom.
Parfois, je me demandais si je ne devais pas tout dire à Gaby. Mais directement après je me disais : ‘Si Gaby sait, Jo est obligé de savoir.’
Mais après, ça allait faire trop de personnes au courant. J’étais obligée de me refermer sur moi-même. Parce que les 2 chose que les gens ignoraient à mon sujet c’était
- mon secret
- et en deuxième, c’est que s’ils ne savaient pas mon secret. Ils ne savaient rien de moi.
Eh ouais, les mecs, je ne suis pas qu’une simple voleuse, maligne je suis une princesse. Celle dont vous vous plaignez à longueures de journées : ‘Oh, mais pourquoi ils nous embêtent avec ça ? Ils remplissent tous les journeaux de cette pourrie-gâtée ! Moi j’dis qu’c'est un coup monté et qu’ils ont fait ça juste pour gagner du fric !’
J’étais tellement confuse, quand j’entendais ça !
C’était moi la fille que tout le monde adorait… et que… tout le monde détestait, aussi… je crois que… je crois que… j’ai besoin de vomir ! Je te laisse prendre la relève, Victor !
- Oh, merci !!Louise fonça aux toilettes. Mais bon. On s’en fout, de ça. Il faut que je vous raconte l’histoire.
Au village de Mouloud, quand on demandait à Louise ce qu’elle voulait faire plus tard, elle répondait « Je veux travailler dans une maison de retraite. » Parce que Louise n’avait pas peur de dévoiler ses émotions, ses goûts, ses dégoûts, ses peurs, ses haines, là-bas…
Mais au palais, quand on demandait à Louise ce qu’elle voulait faire plus tard, mis à part être reine, elle répondait qu’elle ne savait pas. Qu’elle y réfléchissait, et qu’elle hésitait.
Louise se sentait parmi les siens, dans la rue du marché de Mouloud elle était on ne peut mieux à l’aise. Mais pourtant, s’il y avait un endroit où elle n’aurait pas du être, c’était bien celui-là.
Et son absence pesait, au château. Maintenant, les gardes du corp garde les chiens de garde, les parents disaient qu’ils s’ennuyaient, sans leur fille. Car, comprenez-les : à qui pourraient-ils bien montrer leurs nouveaux habits, désormais ? A Marie-Josée ? Non, certainement pas, cette dernière avait étée virée, ou plutôt, elle avait démissioné. Selon le Roi et sa femme, quand elle est partie, elle avait l’air bien décidée à retrouver Louise.
Mais il n’y avait plus de doute, quand ils trouvèrent le papier sur le lit de la bonne :
« Objectifs :
- Retrouver
cette pesteLouise - La punir
- La remettre au bon endroit… j’me comprend !
- En finir «


