Mon histoire. Chapitre 4

« …ouais, c’est ça ! Salut, Jo !
Je m’étais fait des amis. J’étais la plus connue de la ville.
Je m’étais inventé un faux prénom. Je m’appelais Maria.
J’avais apris son décès peu de temps après avoir volé l’épée.
C’est à dire il y avait 5 mois.
Je l’avais apris par inadvertance, un jour en lisant le journal,
qui s’intitulait « La petite nouvelle » Pour moi c’était bien plus qu’une petite nouvelle. Mais biensûr, je n’étais pas censée le montrer. Jo me réconfortait. Je lui avait dit que c’était parce que j’avais perdu une de mes boucles d’oreilles. Il devait me prendre pour une mauviette.
Jo, c’est le vendeur de boucles d’oreilles. Je lui en avait volées plus d’une paire !
Mais depuis quelques temps, j’arrêtais de voler. Parce que les vendeurs me connaîssaient bien et savaient que j’avais bon fond.

Cela faisait bientôt 10 mois que j’avais quitté ma famille, et 7, que j’allais à l’école.
Mes profs étaient… Bon, évidement, un prof n’est jamais ‘très gentil’, mais ça va, ils étaient tolérents, et sympas. Mais ce qui est bien, quand on fugue et qu’on va à l’école, c’est que l’on ne peut pas faire signer les mots ! Mais bon, en même temps, à cause de ça, je n’allais à aucune sortie…

A l’école, on étudiaient les poèmes. Ce sujet me passionnait. On m’avait donnén plein de livres, sur les poèmes, j’adorais ça. J’éssayai même d’en faire quelques-uns moi-même ! Je n’étais jamais vraiment satisfaite du résultat, mais au moins ça passait le temps. Je les lisais à grand-mère.
J’avais rencontré une petite mamie, à la bibliothèque, elle cherchait un livre. Je l’avais aidée à le trouver…

-Hum…

-Bon, d’accord, je ne l’avais pas vraiment aidée, on avaient juste tapée la causette. Depuis ce jour, je venais tout le temps chez elle. Je lui parlais de la vie du collège, mais surtout, je lui lisais les poèmes que l’on étudiaient.
Je voyais dans ses yeux qu’elle aussi était passionée. Elle m’avait dit que j’avais vraiment un don, et que j’étais très forte pour raconter les histoires, ou bien lire les poèmes. Nos préférés étaient ceux-ci :

  • Sur le Pont Neuf  j’ai rencontré

D’où sort cette chanson lointaine

D’une péniche mal ancrée

Ou du métro Samaritaine

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré

Sans chien sans canne sans pancarte

Pitié pour les désespérés

Devant qui la foule s’écarte

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré

L’ancienne image de moi-même

Qui n’avait d’yeux que pour pleurer

De bouche que pour le blasphème

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré

Cette pitoyable apparence

Ce mendiant accaparé

Du seul soucis de sa souffrance

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré

Fumée aujourd’hui comme alors

Celui que je fus à l’orée

Celui que je fus à l’aurore

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré

Semblance d’avant que je naisse

Cet enfant toujours éffaré

Le fantôme de ma jeunesse

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré

Vingt ans l’empire des mensonges

L’espace d’un miséré

Ce gamin qui n’était que songe

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré

Ce jeune homme et ses bras déserts

Ses lèvres de vent dévorées

Disant les airs qui le grisèrent

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré

Baladin du ciel et du coeur

Son front pur et ses goûts outrés

Dans le cri noir des remorqueurs

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré

Le joueur qui brûla son âme

Comme une colombe égarée

Entre les tours de Notre-Dame

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré

Ce spectre de moi qui commence

La ville ç l’aval est dorée

A l’armont se meurt la romance

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré

Ce pauvre petit mon pareil

Il m’a sur la Seine montré

Au loin les taches de soleil

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré

Mon autre au loin ma masacrade      

Et dans le jour décoloré

Il m’a dit tout bas Camarade

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré

Mon double ignorant et crédule

Et je suis longtemps demeuré

Dans ma propre ombre qui recule

Sur le Pont Neuf j’ai rencontré

Assis à l’usure des pierres

Le refrain que j’ai murmuré

Le rêve qui fut ma lumière

Aveugle aveugle rencontré

Passant avec tes regards veufs

Ô mon passé désemparé

              Sur le Pont Neuf

Aragon, Le roman inachevé, 1956

  • Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Et nos amours

Faut-il qu’il m’en souvienne

La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face

Tandis que sous

Le pont de nos bras passe

Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante

L’amour s’en va

Comme la vie est lente

Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines

Ni temps passé

Ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

Guillaume Appolinaire, Alcools, 1913

C’est vrai que comme ça on dirait pas trop qu’j'suis fleur bleue. Mais au fond, je suis une grande sentimentale. Avec mamie Gaby on les a appris par coeur.

J’allais presque tous les jours au collège, et la raison de mes quelques absences était Gaby.

Elle avait beaucoup vieilli, par rapport au premier jour, à la bibliothèque. Elle ne savait même plus lire.

Gaby, je l’adorais. Elle était tellement mignone quand elle me regardait avec ses grands yeux verts ! J’avais énormément confiance en elle. Je la connaissait comme ma poche. L’ennui, c’est qu’elle, ne connaissait rien de moi. Pas même mon(vrai) nom.

Parfois, je me demandais si je ne devais pas tout dire à Gaby. Mais directement après je me disais : ‘Si Gaby sait, Jo est obligé de savoir.’

Mais après, ça allait faire trop de personnes au courant. J’étais obligée de me refermer sur moi-même. Parce que les 2 chose que les gens ignoraient à mon sujet c’était

  1. mon secret
  2.  et en deuxième, c’est que s’ils ne savaient pas mon secret. Ils ne savaient rien de moi.

Eh ouais, les mecs, je ne suis pas qu’une simple voleuse, maligne je suis une princesse. Celle dont vous vous plaignez à longueures de journées : ‘Oh, mais pourquoi ils nous embêtent avec ça ? Ils remplissent tous les journeaux de cette pourrie-gâtée ! Moi j’dis qu’c'est un coup monté et qu’ils ont fait ça juste pour gagner du fric !’

J’étais tellement confuse, quand j’entendais ça !

C’était moi la fille que tout le monde adorait… et que… tout le monde détestait, aussi… je crois que… je crois que… j’ai besoin de vomir ! Je te laisse prendre la relève, Victor !

-  Oh, merci !!Louise fonça aux toilettes. Mais bon. On s’en fout, de ça. Il faut que je vous raconte l’histoire.

Au village de Mouloud, quand on demandait à Louise ce qu’elle voulait faire plus tard, elle répondait « Je veux travailler dans une maison de retraite. » Parce que Louise n’avait pas peur de dévoiler ses émotions, ses goûts, ses dégoûts, ses peurs, ses haines, là-bas…

Mais au palais, quand on demandait à Louise ce qu’elle voulait faire plus tard, mis à part être reine, elle répondait qu’elle ne savait pas. Qu’elle y réfléchissait, et qu’elle hésitait.

Louise se sentait parmi les siens, dans la rue du marché de Mouloud elle était on ne peut mieux à l’aise. Mais pourtant, s’il y avait un endroit où elle n’aurait pas du être, c’était bien celui-là.

Et son absence pesait, au château. Maintenant, les gardes du corp garde les chiens de garde, les parents disaient qu’ils s’ennuyaient, sans leur fille. Car, comprenez-les : à qui pourraient-ils bien montrer leurs nouveaux habits, désormais ? A Marie-Josée ? Non, certainement pas, cette dernière avait étée virée, ou plutôt, elle avait démissioné. Selon le Roi et sa femme, quand elle est partie, elle avait l’air bien décidée à retrouver Louise.

Mais il n’y avait plus de doute, quand ils trouvèrent le papier sur le lit de la bonne :

« Objectifs :

  1. Retrouver cette peste Louise
  2. La punir
  3. La remettre au bon endroit… j’me comprend !
  4. En finir « 

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