Je venais de franchir le seuil de la grille. Seule. C’était la première fois que je le faisais. Et pourtant, cela faisait si longtemps que j’en rêvais !
Je nageais dans le bonheur. À tel point que j’avais oublié un petit détail qui venait de me revenir. J’avais tout planifié, mais il manquait un truc. Qui paraîssait banal, mais c’était pourtant pour ça que je m’étais échappée. Tout à l’heure je parlais d’un monde de risques, de suspense, de je ne sais plus quoi, et d’amour, mais… où est-ce que je vais pouvoir le trouver ce monde ? Avec 3 € 50, je ne pourrai pas aller bien loin ! Car ce pays-là, c’était le pays de mes rêves. Mais il faut prendre quelle direction, pour s’y rendre ? Quel temps ferait-il, là-bas ? Aurais-je assez de sous pour me payer un parapluie ? Tout d’un coup j’éclatai de rire. Je n’avais plus de logis, et j’étais en train de penser à un parapluie ?
Puis je pensai au film que j’avais vu à la télé, l’autre soir, avec Marie-Josée, l’infirmière. Quand on n’avait pas mis de serviette et qu’on s’était commandé des pizzas, avec le cuisinier. Qu’est-ce qu’on avait ri, ce soir-là ! Ce n’était pas un film, mais un documentaire. Je crois bien que c’était sur Interbleu. Et que le sujet était… « La famine en France ». D’ailleurs, je me demande pourquoi on avait ri… Ça parlait des gens qui faisait la canche, un truc dans le genre… ils étaient assis par terre et demandaient des sous. Marie-Josée m’avait dit que c’était leur métier. Et que c’étaient des S.D.F.. Oui, mais que dirait les gens s’ils voyaient la plus grande princesse du monde faire la canche ?
Je ne sais pas… pas encore partie ?
Eh non, Louise était toujours devant son ex-château à réfléchir à une solution…
« Mais, Victor ! Laisse-moi parler !
— Hum. Oui, pardon. Vas-y, Louise.
— Voilà, à cause de toi, je ne sais plus ce que je voulais d… Ah si ! »
Eh bien… voilà mon idée : de toute façon, après ce que je viens de faire, qu’est-ce que je pourrai faire de pire ? Je pensais à voler. Non, pas à m’envoler, mais genre… à voler ! Il y avait un magasin à 2 heures de car d’ici. Mais d’où un pauv’ car passerait devant un château ? Mais en même temps : comment faire la canche dans la campagne ?
« Vas-y, Victor, je t’autorise à résumer la situation. »
Louise parlait toute seule au milieu de ce grand vide, de ce silence assourdissant, et de cette pure tristesse. Elle regardait autour d’elle.
À droite ? Rien.
À gauche ? Rien.
Devant ? Egalement.
Et derrière ? Pareil… Tiens ? Qu’est-ce ? Il me semble que l’on appelle cela une clôture…
« Une voiture, imbécile !! »
Oui, pardon. Une voilure.
« Pfff… »
Louise avait déjà aperçu ça quelque part. « Mais oui, se dit-elle ! Bien sûr ! C’était l’engin que prenait ses parents pour aller faire du shopping ! Louise fonça immédiatement dessus ! « Mais pourquoi ça ne s’ouvre pas, se dit-elle ? » Ah mais oui ! Pour ouvrir une voilure, il fallait casser la vitre. Louise l’avait apris quand elle avait regarder « Le voyageur sanguinaire », avec Marie-Josée. Cette super histoire interdite aux moins de 16 ans !
— Oh oui, vraiment super !, renchérit Louise.
— Mais je viens à peine de le dire ! Et puis… on est dans la vraie vie, là ! C’est comme si tu disais « Tiens, j’ai faim, j’vais m’acheter du taboulé » et que moi, direct, j’te disais « dit Victor ».
— Là, on est dans la vraie vie, mais les gens qui liront le livre, eux, seront dans la vraie vie ? Euh… Nan… C’est pas ce qu’il fallait dire. Oublie… Par exemple, là, tu fais une autobiographie. Et quand on fait une autobiographie, c’est nous qui parlons, alors ça ne s’appellerait pas comme ça si je n’écrivais rien de ce que tu disais ! Il faut ton point de vue, aussi, c’est un livre, je te rappelle !
— Ah… et « renchérit Louise » c’est mon point de vue, peut-être ?
— Rôôôh ! Non ! Mais on ne va pas balancer toutes les phrases comme ça ! Tu comprends ?
— Répondit Victor.
— Bah au moins tu as compris ! Bon… où en étais-je… Laisse-moi parler, maintenant !
— Renchérit V…
— Stop !
Bref… Alors, Louise déchira sa robe.
« Je désirais le faire depuis si longtemps ! »
Elle enroula son bras avec le bout de tissu qu’elle venait de découper déchirer, et cassa la vitre. Une chance, il y avait les clefs, sur le… Je ne sais pas comment cela s’appelle…
— Le contact. Répondit Louise.
Le contact. Merci. Elle tourna la clef, le moteur gronda, et la voilure démarra. Elle ne savait pas où elle allait. Elle ne savait pas ce qu’elle faisait. Elle ne savait pas si elle rêvait. Mais elle savait au moins une chose : qui elle était.
Louise de Gounon.
Très forte de caractère.
À la pointe de la mode.
Elle se serait décrite comme petite et moche, mais elle plaisait aux garçons. Du moins… aux deux seuls qu’elle avait rencontré, sans compter son père. Ils étaient les fils de la meilleure amie de sa mère.
Louise avait un teint foncé, sa mère lui disait qu’elle ressemblait à une petite espagnole, mais surtout quand elle mettait ses créoles et qu’elle s’attachait les cheveux. Sa mère adorait quand Louise s’attachait les cheveux. Non pas parce qu’on pouvait bien voir ses beaux yeux verts, mais parce que, selon elle, Louise paraissait plus distinguée, et modèle. Louise détestait être modèle et distinguée. Louise avait l’ésprit rock. Le look lui allait très bien. Mais elle ne pouvait se montrer comme ça qu’une seule fois par an, à Halloween, car sa mère trouvait que ça faisait peur. Pourtant, ça faisait ressortir sa beauté irrésistible.
— Pfff, arrête, j’suis trop moche… Mauricette est trois fois plus belle que moi…
— Arrête ; pense à la chanson d’Alain Bashung : « Gaby j’t'ai déjà dit qu’t'es bien plus belle que Mauricette, qu’est belle comme un pétard qu’attend plus qu’une allumette ! »
Louise adorait cette chanson. Quand à Mauricette, si vous vous demandez qui c’est, c’est la nièce de son père. Louise préfère qu’on présente Mauricette comme ça. Parce qu’elle ne pouvait pas accepter que sa pire ennemie soit sa cousine. Louise était perdue dans ses pensées, à se dire que quoi qu’il arriverait, elle savait d’où elle venait, comment elle s’appelait, qui l’aimait, et… qu’elle était arrivée en ville. Mais pas n’importe où en ville : dans la rue du marché de Mouloud.
Ce marché était mondialement connu, et un jour, Louise en avait entendu parler aux infos, sur son portable. Oooooooooooooh elle avait oublié son portable ! Mais bon, elle se rappelait quand même qu’on était mercredi et que c’était le mercredi et le vendredi, ce marché. Waouh ! Elle était chanceuse ! En plus elle se trouvait pile devant le rayon déguisement. Mais oh, quand elle y pensait ! Tout le monde allait la reconnaître !! Louise pensait à quelque chose qu’elle avait emmené pour passer incognito… qu’était-ce, déjà ?
— Mon chaperon.
— Mais chuuuuuuuuut ! Laisse le suspense ! Bah voilà, maintenant t’as gâché la surprise !
— Son chaperon. Où l’avait-elle mis ?
— Dans le coffre.
— Ouais. Je veux dire : oui.
Elle ouvrit le coffre. En sortit son sac, chercha son chaperon, mais il n’y était point. Elle avait dû se tromper, croire qu’elle l’avait emporté… Alors, pour la deuxième fois, elle déchira sa robe (alors qu’en passant je note qu’elle aurait pu prendre le premier bout qu’elle avait déchiré au début, pour casser la vitre de sa voiture. D’ailleurs, elle n’avait pas l’air bête, avec sa vitre cassée, dans le village…).
— On s’en fout de ce que tu notes, t’es le narrateur. Alors maintenant j’aimerais que tu arrête de te foutre de moi et que tu fasses ton boulot. Merci.
— Désolé de cette petite interruption…
— Pfff…
— Je reprends. Elle déchira sa robe, et mit le bout de tissu sur sa tête. Elle referma le coffre, et s’en alla, sans prendre le temps de refermer la porte de sa voiture. À quoi bon ? De toute façon, c’était une voiture volée, avec une vitre cassée. Et puis au pire, elle en volerait une autre, en déchirant un troisième morceau de sa robe.

Bien mené, et bien amusant, Thelma! J’ai lu les deux chapitres avec gourmandise.
Amusant aussi, le décalage avec la première version de l’histoire
Merci beaucoup, moi aussi j’ me suis amusée à les écrire, et j’ai fait quelques rapprochements entre ma vie, et la sienne. C’est cool que ça t’ait plu !