Il était une fois, dans un château très lointain… Nan, j’ rigole, allez on la r’fait :
Moi, c’est Victor. Et « ça », c’est Louise (une princesse). Je précise une »princesse », parce que, quand on l’entend parler, on dirait pas. Et d’ailleurs, le mieux, c’est peut-être de la laisser parler pour qu’elle vous raconte son histoire elle-même…
***
Donc, je m’présente, je m’appelle Louise, j’ai 11 ans ET DEMI, et… Malheureusement, je suis une princesse. Vous vous demandez pourquoi je dis « malheureusement » ?
Eh ben si vous vous posez cette question, mesdames et messieurs, on peut être sûrs d’une chose : vous n’avez jamais été princesse !
On n’a pas une minute à soi ! Et même pas quand on dort, car il faut bien mettre la couette comme il faut, et si UN bout de drap dépasse plus d’un côté du lit que de l’autre… Oooh c’est la mort.
A 11 ans et demi on a besoin de se défouler, non ?
Et ben, ouh-la-la ! J’vous raconte pas comment j’me défoule dans mon palais ! J’suis entre mes deux gardes du corps toute la journée, et si je bouge d’un centimètre, ils ont un petit temps de réflexion, me prennent par le bras, et me remettent à ma place précédente.
Et ici, j’ai le droit de sortir seulement quand il fait beau.
Mais mes parents n’auraient jamais édicté cette règle s’il ne pleuvait pas tous les jours !
Le SEUL moment agréable dans la journée, c’est le réveil. L’infirmière vient dans ma chambre avec la PLUS GRANDE discrétion et commence par me caresser toutes les parties du visage ; ensuite, elle me caresse doucement les cheveux (avec ses mains, oui, car elle ne met pas de gants, pour me toucher, elle !) et tout en douceur, je me réveille.
Moi, je l’aime bien, mon infirmière. Mais chaque matin, je prend sa main pour un réveil : bipbipbipbip-bipbipbipbip. Les hirondelles pour des voitures : tùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùt vroumvroum ! Les rideaux pour des volets qui grincent fort ! (Nan, ça je ne peux pas l’imiter, désolée de vous déçevoir !) Et le petit message « Petit déj’ ! Miam !
» qui s’affiche sur mon portable le matin pour un : « éééécoooleee ! » C’est vrai, quoi ! Pourquoi une princesse est-elle obligée de vivre à la campagne et avoir des cours particuliers ? Pourquoi une princesse n’a-t-elle pas le droit d’avoir d’amis ? Pourquoi une princesse a l’impression de mourir à chaque seconde qui passe ?
Hum, bon… comme je l’ai dit, c’est bien le seul moment agréable. Car après, il faut attendre une heure avant de m’habiller. Parce qu’il faut laisser le temps à mes parents et à quelques servantes d’aller m’acheter une nouvelle robe.
Eh oui ! Vous avez bien compris ! J’ai une nouvelle robe tous les jours !
Donc je ne vais pas rester les bras croisés pendant une heure tout de même…
***PLACE AU P’TIT DÉJ’***
Dès que j’entre dans la cuisine (de 240 m2) (mais moi je l’appelle « mon p’tit’ studio » !) une des quarante-deux servantes de l’étage (nan parce qu’en tout, il y en a cent soixante-huit, comme il y a 4 étages) se précipite vers moi et mes gardes du corps, bien sûr, pour m’apporter un bol en argent, une cuillère en or, une assiette avec les bords en or et le milieux en argent, et un couteau en or.
Tout d’abord, je remplace la cuillère en or par une cuillère en plastique que j’ai trouvé par terre un des rares jours où j’étais autorisée à sortir. Bien sûr, après, comme je n’étais pas censée la ramasser, je l’avais lavée en cachette.
J’avais pris cette cuillère en plastique, parce que ça m’faisait un peu oublier ma vie de princesse et ça me faisait penser à la liberté…
J’entends la porte d’entrée claquer. Mes parents déboulent avec quelques servantes dans la cuisine.
Ma mère, qui était tout à la fin de la file indienne, dépasse tout le monde pour se mettre bien en évidence devant moi, une robe sublîme à la main.
« Tenez ma fille, voici une nouvelle robe pour vous. Nous avons fait tous les magasins rien que pour la trouver ! »
Ma mère répète cette phrase tous les matins. Bien sûr, j’était contente, mais je voulais vivre une vie normale, et les filles de mon âge qui vivent une vie normale n’ont pas une nouvelle robe tous les jours !
Mais un matin… Ouah ! Qu’est-ce que je vois ? Elle est allée à mon magasin préféré ? Top Miss ? Trop classe !
« Ah… euh… merci… infiniment, Mère. »
Elle était sur le point de partir, mais je la retins.
« Euh Mère, je voulais savoir si je vivais une vie normale. »
J’étais toujours angoissée quand je lui parlais.
« Eh bien ma fille, vous êtes une princesse et par rapport aux autres, non, vous n’avez pas une vie normale, vous avez une vie meilleure. »
Cette phrase me choqua. Non, décidément, personne ne me comprenait ! À part l’infirmière de mon étage (celle qui me réveille le matin).
Les jours passaient, sans que je n’adresse la parole à personne sauf à mon infirmière favorie !
Je lui confiait mes peurs, mes soucis, mes secrets, quoi !
C’est alors que je me suis rendu compte que c’était la personne la plus sympa que je n’eus jamais rencontrée. J’aurai voulu que ce soit elle ma gouvernante, ou mieux… Ma mère.
Tous les jours, je continuais à refuser mes robes, à manger avec ma cuillère en plastique. Cela faisait une semaine que je gardais la même robe, et que mes parents avaient perdu la confiance qu’ils avaient en moi… Bon, ils n’en avait déjà pas beaucoup, mais c’était déjà ça. Ça me déprimait de voir mes parents sortir tous les matins en me laissant toute seule car on ne peut pas vraiment dire que mes gardes du corps me tiennent compagnie… Et, un beau jour, mes deux gardes du corps, tombèrent malade en même temps. Mes parents apprirent la nouvelle, et décidèrent de leur donner quelques jours de congé. Les deux gardes du corps se firent remplacer par… Alors? Vous avez deviné ? Par… Oh! Moi non plus, je n’arrivais pas à le croire ! Ils se firent remplacer par mon infirmière favorie !
TOUS les matins ça allait être le RÊVE ! J’étais persuadée qu’ensemble, on allait en faire plein, des bêtises ! On n’allait même pas prendre notre douche, on ne se brosserait pas les dents, et on renverserai de la confiture sur notre robe parce qu’on n’aurait même pas mis notre serviette, je ne ferai même pas mes devoirs, et ne fermerai pas mes rideaux le soir, avant de m’endormir, on se coucherait à pas d’heure (comme dit ma mère) !
Et… Mesdames et messieurs, je songeai encore à une énorme bêtise. Mais celle-là serait à faire toute seule, rien que moi. Une bêtise qui dépasserait toutes les limites. Une bêtise sans nom. Ou alors, je ne le connaîs pas, ce nom. On doit certainement l’apprendre à l’école…
J’ai honte de vous le dire. Mais bon… je suis censée vous raconter mon histoire, alors je la raconte jusqu’au bout !
- En fait, je pensai à… partir. Cette idée peut vous paraître bizarre, mais à ce moment-là, ma vie était un vrai enfer. Je ne vous ai pas raconté à quel point mes parents me détestaient depuis la conversation avec ma mère. Donc ça ne les rendrait pas tristes. La SEULE personne que ça rendrait triste était mon infirmière. Ça me faisait de la peine de savoir que sur Terre il n’y avait qu’une seule personne qui tenait à moi. Mais, en même temps, je ne connaissait vraiment pas beaucoup de monde. Et, si j’ partais, l’infirmière allait avoir de gros problèmes avec mes parents. Et elle allait être virée. Car, même s’ils ne m’aimaient pas, j’étais quand même leur fille !
Je décidai donc de rester quelques jours à la maison pour réfléchir à cette grande décision, mais pas trop quand même, sinon, les gardes du corps reviendraient.
Je restai encore à la maison pendant quatre jours, et, pendant ces quatre jours, tous les matins c’était la pagaille au palais, et mes parents avaient arrêté d’aller m’acheter des robes en croyant que ça me rendrait triste. Et à la place d’aller m’acheter des habits, ils allaient s’en acheter. Et au bout du quatrième jour, et du dernier, en début de matinée, j’appris que les gardes du corps revenaient le lendemain. C’était le moment ou jamais de partir ! Mais je n’avais même pas prévenu mon infirmière ! Pas grave, de toute façon, elle n’allait jamais accepter l’idée de ne plus me revoir, et moi, l’idée de rester bloquée entre ces deux patapoufs !
Il fallait partir pendant qu’elle prenait sa douche (les gardes du corps, soit ils ne prennent pas de douche, soit ils t’emmènent dans leur douche) ou je sais pas moi !
J’étais perdue dans mes pensées quand… BAM ! la porte des toilettes se referma. Ça m’faisait d’la peine, mais je n’avais pas le temps de réfléchir, c’était l’instant de ma vie, ma révélation. Ma vie était entre mes mains :
- Soit j’gagnai beaucoup de fric et j’ me mariai à 14 ans avec un mec de 50 ans qui ne m’aimerai même pas pour ce que je serai, et me tromperai toujours pendant que je prendrai mes cours d’anglais,
- Soit je m’enfuiyai, on entendrai parler de moi dans tous les journeaux, tout le monde serai à ma recherche , un monde de risques, de suspense, de liberté, et peut être d’amour, qui sait ? Je courus jusqu’à ma chambre, me rammassai de ma gamelle (je m’étais tué la cheville), fit ma valise en un rien de temps, je mis dedans :
- Ma cuillère en plastique,
- Une seule robe,
- Ma collection de chaussettes à pois,
- Mes lunettes de soleil avec les verres en forme de cœur,
- Quelques pièces de monnaie et
- Un chaperon, pour passer incognito.
L’instant était tellement magique que je ne pris même pas le temps de réaliser ce qu’il m’arrivait. C’était un nouveau départ. A moi la belle vie, à dieu la mélancholie…

C’est une histoire magnifique et superbement racontée.
Je comprends que ta vie de princesse te déplaise et que tu sois tentée de prendre la poudre d’escampette…
Je te comprends très bien. Moi j’ai les mêmes problèmes en étant le Tonton le plus intelligent de la famille, et surtout le plus beau. Alors les gens sont décus quand je me retire une grosse crotte de nez !!!
Cela ne correspond pas à leurs attentes.
Alors pour péter un coup, je t’en parle même pas. je suis obligé de m’éloigner… loin, très loin… presqu’aussi loin que le pays des merveilles !
Smack ! entre intelligents, on se comprend.
Au cas où vous ne l’aviez pas remarquer, » Le pays mystérieux (nouvelle version)-chapitre premier », est la deuxième version de » Le pays mystérieux-chapitre premier » en plus détaillée
Et cette nouvelle nouvelle version du 19 novembre est très bien. Chapeau Ti-Lou!